324                         Les Spectacles de la Foire.
paroiflbit trembler de froid ; ce qui n'eft pas étonnant, cet enfant lui ayant dit qu'il avoit paffé toute la nuit dans ladite charrette qui eftfon coucher ordi­naire, le propriétaire d'icelle étant dans l'habitude de l'y faire relier. Qu'é­tant enfuite entré dans une falle baffe où ledit fleur Goix l'auroit conduit, il auroit vu deux particuliers couchés dans un même lit avec un enfant du fexe féminin paroiffant âgé de 7 ans. Qu'il les a fait auffîtôt lever et qu'ayant de­mandé à celui des deux particuliers qui lui paroiflbit le plus en état de répon­dre, la raifon pour laquelle il faifoit coucher une petite fille avec eux et un petit garçon dans une charrette, il a répondu que c'étoit de l'ordre du nommé Richer, fon maître, directeur- des cabrioleurs et cabrioleur lui-même, qu'il avoit fait coucher le petit garçon dans la charrette et que c'étoit d'ailleurs fon coucher ordinaire, attendu que cet enfant fait fous lui ; et que, quant à lui, il couchoit avec ledit particulier et la petite fille. Qu'il 1 arrêté ledit particulier ct retiré de ladite charrette ledit petit garçon qu'il a conduit par­devant nous ainfi que la petite fille pour être ftatué ce qu'il appartiendra.
Eft aufli comparu François Goix, jardinier et logeur en garni, demeurant à Paris, rue et barrière de Sèvres,* paroifle St-Sulpice : Lequel nous a dit que, le jour d'hier, fur les trois ou quatre heures de relevée, lui comparant étant alors abfent, arriva chez lui une charrette couverte, attelée d'un cheval, huit particuliers dedans, favoir fix enfans, deux petites filles compris, un maître et un domeftique vêtus d'un habit bleu et vefte blanche. Qu'ils dcfcendirent de ladite charrette et que le maître, qui s'eft dit nommer Richer à la fceur de lui comparant et être directeur de la troupe des Enfans hollandols, fe retira de chez lui comparant avec trois des enfans, favoir deux garçons et une fille. Qu'il laiffa dans ladite maifon fon domeftique, deux autres garçons et une petite fille. Que lui comparant, rentré chez lui, apprit par fa fceur qu'il lui étoit arrivé du monde pour loger chez lui et qu'il y avoit un petit garçon couché dans une charrette. Que fur les cris de cet enfant couché dans ladite charrette, qui avoient réveillé le voifinage pendant la nuit, il a été requérir la garde de vouloir bien fe tranfporter chez lui, c'eft-à-dire dans la cour de fa maifon, pour favoir ce qui étoit arrivé à cet enfant dont les cris ne prove-noient que du malaife où il fe trouvoit par rapport à Ia faifon où nous fomrnes. Nous déclarant qu'il n'a jamais été plus furpris que de voir une petite fille couchée avec deux particuliers dont l'un âgé de 13 ans et l'autre de 20 ans. Que s'il l'eût fu, il ne l'auroit pas fouftert et les auroit plutôt ren­voyés. Que c'eft aufli en partie la raifon pour laquelle il a fait requérir la garde pour favoir au jufte ce que peuvent être de pareilles gens.
Sur quoi nous commiffaire, etc., avons fait comparoir ledit particulier vêtu d'un habit bleu et d'une vefte blanche que nous avons interpellé de fés noms, furnoms, âge, qualité, pays et demeure.
ll nous a dit fe nommer Jean-Louis Garnier, âgé de 2r ans, natif de Cluni <en Maconnois, domeftique au fervice du fleur Richer, directeur des troupes hollandoifes, demeurant ordinairement avec le fleur Richer, arrivant de pro­vince, logé depuis hier chez le fleur Goix, rue et barrière de Sèvres.